Noel K. Tshiani et Thony K. Ngumbu : « Les entrepreneurs congolais construiront le Congo de demain »

Les Congolais de la diaspora et ceux évoluant en République démocratique du Congo collaborent pour trouver des solutions sur le développement du pays.  Nos confrères d’Entrepreneur.cd ont reçu dans cette interview exclusive les membres de Congo Business Network : Noel K. Tshiani, basé à New York et Thony K. Ngumbu, installé à Kinshasa.

E.CD : Noel K. Tshiani et Thony K. Ngumbu, parlez-nous de vos parcours et présentez-vous à nos lecteurs s’il vous plaît.

Noel K. Tshiani : je suis originaire de la République démocratique du Congo. Et j’ai vécu aux États-Unis depuis 1996. J’ai trois diplômes de licence en finance, marketing et science politique. J’ai également suivi une formation sur les marchés financiers et la gestion des entreprises à la Wharton School en Philadelphie. De plus, j’ai suivi une autre formation en entrepreneuriat à la Kauffman Foundation à New York. 

Je suis le fondateur d’Agere Global, une société de conseil en investissement et stratégie commerciale basée à New York. En même temps, j’ai fondé Congo Business Network, un réseau regroupant des entrepreneurs congolais.

Thony K. Ngumbu : en juillet 2019, j’ai décidé de rentrer m’installer en République démocratique du Congo, mon pays natal, après avoir complété toutes mes études secondaires en Belgique et après avoir vécu 20 ans aux États-Unis.

Sur le plan académique, je suis titulaire de deux licences en économie et science politique de l’Université de Houston, ainsi que d’une Maîtrise en Gestion des Entreprises (MBA) de l’Université de Rice au Texas.

Je suis co-fondateur et président-directeur général de Mwinda Technologies, une société qui offre des solutions solaires et des technologies financières pour remédier au manque d’électricité fiables et à l’inclusion financière en République démocratique du Congo. Je suis également associé-gérant de Genesis Ventures, une société de conseil en stratégies d’investissement et développement d’affaires.

E.CD : qu’est-ce qui vous a inspiré à créer le réseau international Congo Business Network ?

Noel K. Tshiani : j’ai été inspiré par ce que j’ai vu aux États-Unis parmi d’autres groupes d’immigrants tels que les Israéliens, les Chinois, les Sud-Coréens, les Mexicains et les Nigérians. Chacune de ces communautés a développé de solides réseaux grâce auxquels les affaires se font. 

Et lorsque j’ai voyagé dans des pays africains et en République démocratique du Congo en mission de travail, je me suis rendu compte, c’était très difficile de trouver des personnes compétentes sur lesquelles compter pour obtenir des conseils stratégiques ou travailler sur un projet. 

Ces expériences combinées m’ont amené à commencer à chercher des contacts, d’abord de manière informelle sur les réseaux sociaux tels que LinkedIn, et finalement, c’était devenu important de mettre en place un réseau formel avec un site Internet. C’est ainsi que Congo Business Network a été créé en 2018. 

E.CD : pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est un réseau d’affaires ?

Noel K. Tshiani : un réseau d’affaires rassemble les entrepreneurs et les assiste pour réussir dans le monde de business. L’objectif ultime d’un réseau d’affaires est de connecter les entrepreneurs afin qu’ils soient plus informés, plus efficaces, plus productifs et plus rentables dans leurs activités.

Dans un réseau d’affaires, il y a aussi des professionnels, c’est-à-dire des personnes qui travaillent dans diverses institutions telles que des banques, des entreprises de télécommunications, ou même des agences gouvernementales. 

Lorsque des professionnels qui ont une expertise dans un certain domaine et des entrepreneurs sont connectés dans un réseau business, les deux rendent le réseau plus fort et plus visible comme une structure officielle, à travers laquelle l’on peut plus facilement trouver des contacts dans divers secteurs et aussi une diversité d’expertises nécessaires pour travailler sur un projet.

E.CD : vous travaillez régulièrement avec des entrepreneurs congolais sur leurs projets, quelles sont les priorités selon vous pour permettre la croissance des start-ups congolaises ?

Noel K. Tshiani : je travaille et parle avec les fondateurs des start-ups congolaises presque chaque jour. Ayant vécu et travaillé aux États-Unis pendant 23 ans, lorsque j’analyse l’écosystème entrepreneurial aujourd’hui, je constate qu’il est à ses débuts dans presque tous les secteurs. 

Parce que plusieurs start-ups congolaises opèrent dans l’informel, la priorité pour les jeunes entrepreneurs devrait se concentrer sur une formation appropriée en entrepreneuriat, la construction de plateformes professionnelles de base telles que les sites Internet, les brochures, la création de pages d’entreprise sur les réseaux sociaux et l’utilisation d’adresses électroniques professionnelles. Les entrepreneurs d’autres pays au Nigeria, au Kenya et en Afrique du Sud ont déjà maîtrisé ces bases. 

Le monde est devenu très globalisé quand il s’agit d’activités commerciales en Afrique, en Europe ou en Amérique. Apprendre l’anglais est également une nécessité pour aller loin dans le business si l’on veut trouver des partenaires ou des investisseurs à l’international. La majorité des informations, au moins 70 %, de ce qui se trouve sur Internet aujourd’hui est en anglais et non en français.

Noel K. Tshiani : le réseau a organisé 5 événements en ligne sur Cisco WebEx sur plusieurs thèmes et 2 événements business à Kinshasa en juillet et en septembre. Nous étions aussi partenaires de 4 événements, notamment Afrobytes le 15 mai à Paris ; Expo Beton du 9 au 12 septembre ; Africa Fintech Summit le 21 novembre à Addis-Abeba ; et Kinshasa Digital Week du 12 au 13 avril. E.CD : quelles ont été les réalisations majeures de votre réseau dans la diaspora et au Congo en 2019 ?

Nos entrepreneurs ont aussi participé à Viva Technology les 16 et 18 mai à Paris. Que ce soit à Addis-Abeba ou à Paris, l’objectif était de connecter les entrepreneurs aux investisseurs et de les aider à trouver des partenaires commerciaux pour propulser leurs business. Pour donner de la visibilité aux entrepreneurs au sein du réseau, nous avons publié 4 vidéos publicitaires pour faire la promotion de MaxiCash, Tinda, MEDpay, et Sodeico et Onboard. 

Plusieurs entrepreneurs ont aussi gagné en visibilité dans les médias internationaux comme La Tribune Afrique, Jeune Afrique, Africanews, Radio France Internationale et Radio Okapi. Le réseau a clôturé l’année 2019 avec 8 770 abonnés sur LinkedIn qui est la première plateforme au monde pour les professionnels et les entrepreneurs. Nous sommes aujourd’hui le réseau le plus suivi sur LinkedIn dans toute la diaspora et en République démocratique du Congo en termes de nombre d’abonnés qui totalisent aujourd’hui plus de 10 000. 

E.CD : Dans quoi votre entreprise s’est-elle spécialisée ?

Thony K. Ngumbu : Mwinda Technologies contribue à l’augmentation du taux d’accès à l’électricité en République démocratique du Congo en offrant des solutions solaires qui sont propres, fiables et abordables. Vu que les projets de production électrique à grande échelle comme Inga prennent beaucoup d’années à se matérialiser, nous avons décidé de nous spécialiser sur des solutions hors réseaux. 

Cela signifie que les personnes qui souscrivent à nos services ont immédiatement accès à l’électricité sans devoir attendre des années. Mais aussi, nous offrons un modèle de paiement échelonné pour nous assurer que le prix de l’énergie solaire et les appareils ne soient plus hors de portée des populations. 

Un autre aspect important de Mwinda Technologies est notre système de facturation qui permet à nos clients d’utiliser les services de monnaie digitale comme M-Pesa pour payer leurs factures directement à partir de leurs téléphones mobiles. 

Ce système nous permet de rendre nos solutions énergétiques accessibles à ceux qui n’ont pas de comptes bancaires ou n’ont pas accès à des instruments financiers traditionnels. Il s’agit ici de travailler pour que l’inclusion financière soit accessible à tous nos clients.

Finalement, une fois au pays, j’ai travaillé avec un cabinet d’avocats pour enregistrer notre entreprise. Et j’ai travaillé avec des agents immobiliers pour trouver notre bureau actuel. Les entrepreneurs du réseau international Congo Business Network m’ont aussi beaucoup épaulé pour identifier différents services comme notre connexion Internet. 

E.CD : pourquoi avez-vous choisi d’entreprendre dans le domaine de l’énergie ?

Thony K. Ngumbu : tout simplement, pour moi, il n’y a pas de développement sans accès à l’énergie. Que ce soit l’agriculture, la distribution d’eau, l’industrialisation, la technologie digitale ou tout autre secteur que vous choisissez, vous allez constater qu’il est impossible de maximiser vos rendements sans accès à une énergie fiable et abordable. 

Force est de constater que la RDC ne pourrait jamais se développer avec un taux d’accès à l’électricité qui avoisinait 10 % lorsque nous lancions Mwinda Technologies. Par conséquent, le domaine de l’énergie était un choix tout à fait primordial pour moi, car je voulais avoir un impact durable et contribuer de manière tangible au développement de mon pays d’origine.


E.CD : quelles sont les démarches que vous avez faites pour installer votre entreprise au Congo ?

Thony K. Ngumbu : étant initialement basé aux États-Unis, il fallait absolument identifier des personnes compétentes pour constituer notre équipe opérationnelle à Kinshasa. Comme on le dit, derrière toute grande entreprise, il y a des équipes performantes. Pour ce faire, je me suis basé sur mon réseau congolais pour m’envoyer des personnes avec le profil approprié. Une fois que nous avions identifié les premiers membres de notre équipe, nous avions poursuivi une approche très systématique et méticuleuse pour analyser le marché, valider notre concept et concevoir notre produit minimum viable (MVP). 

Plus spécifiquement, nous avons suivi les 24 étapes pour l’implantation de start-ups prescrites par Bill Aulet, professeur d’entrepreneuriat à l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) aux États-Unis. Le fait de valider certaines de nos hypothèses m’a permis de minimiser les risques avant de venir installer notre start-up en RDC.

E.CD : la présence de grands groupes comme BBOXX ou Orange Energie ne vous effraie pas ? 

Thony K. Ngumbu : de part sa population, la RDC est un géant incontournable qui représente un marché potentiellement immense. Tout observateur avéré ne peut donc pas être surpris de l’arrivée de BBOXX et Orange Energie. Avec la stabilisation du climat politique, cette tendance ne fait que débuter et nous devons nous attendre à l’arrivée d’autre grands groupes internationaux. 

Dans ce contexte, les entrepreneurs congolais ne peuvent pas être effrayés. Premièrement, aucune entreprise, aussi grande soit-elle, ne pourra répondre à toute la demande de certains secteurs comme l’énergie. Ensuite, contrairement aux entreprises étrangères, les entrepreneurs d’origine congolaise ont une maîtrise inhérente du contexte culturel local et peuvent identifier des niches qui vont se manifester en avantages compétitifs.

Mwinda Technologies rentre dans cette même ligne d’idée.  Nous nous basons sur notre compréhension du contexte local et notre expertise acquise à l’international pour développer une série de solutions taillées sur mesure pour notre marché cible. Notre positionnement nous permettra de continuer à créer de la valeur pour nos clients et de demeurer compétitif. 

L’interview réalisée par Adam Dimelo pour Entrepreneur.cd.

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