Noel K. Tshiani et Sidonie Latere : « les start-ups tech sont la fondation de l’économie congolaise de demain »

Les entrepreneurs congolais de la diaspora collaborent avec ceux travaillant à Kinshasa pour contribuer au développement de la République démocratique du Congo. Cette collaboration se passe notamment à travers Congo Business Network, qui a organisé la Session Stratégique sur la Tech le 14 mars 2020 sur Cisco WebEx.  Nos confrères de Zoom Eco ont  reçu pour un entretien les membres de Congo Business Network, Noel K. Tshiani et Sidonie Latere, pour échanger sur l’écosystème tech de la RDC. 

Zoom Eco : Noel K. Tshiani et Sidonie Latere, présentez-vous et parlez-nous de vos parcours.

Noel K. Tshiani : Je suis d’origine congolaise et j’ai vécu aux États-Unis depuis 1996. De même, je suis le fondateur d’Agere Global, une société de conseil en investissement et stratégie commerciale basée à New York. En même temps, j’ai fondé Congo Business Network, un réseau d’affaires international qui regroupe les entrepreneurs de la diaspora et ceux de la RDC.

Sidonie Latere : Je suis une entrepreneure basée à Kinshasa. J’ai fondé il y a deux ans Kobo Hub, qui est un accélérateur qui aide les entrepreneurs congolais à développer leurs entreprises. Notre mission est d’accélérer l’émergence et la réussite d’entrepreneurs locaux porteurs de projets valorisant les compétences locales. Kobo Hub participe à la formation et au mentorat de start-ups pour les aider à démarrer et à grandir.

Zoom Eco : Quel a été le but de la tenue de cette Session Stratégique sur la Tech et qu’avez-vous conclu de la discussion ?

Noel K. Tshiani : L’objectif était de rassembler les entrepreneurs tech majeurs de la diaspora et ceux du Congo afin d’avoir une discussion franche et audacieuse sur l’état actuel de l’écosystème numérique congolais et sur ce qui doit être fait à partir de la base pour le construire en collaboration avec les diverses compétences de la diaspora.

Cette initiative est le résultat des deux événements business que le Réseau a organisés à Kinshasa en juillet et en septembre derniers, ainsi que des voyages que nous avons effectués l’année dernière lors de notre participation à Afrobytes et à Viva Tech à Paris, et à Africa Fintech Summit à Addis-Abeba.

Les leçons que nous avons apprises sont claires : Il y a beaucoup de travail à faire pour créer un environnement qui favorise l’émergence de start-ups tech qui ont de véritables offres sur le marché répondant à des besoins réels. 

Cet environnement favorable au développement de business doit être créé en faisant en sorte que les entrepreneurs acquièrent les compétences solides dans un secteur afin de réussir avec leurs start-ups, et non pas courir après les prix octroyés lors de compétitions à des événements qui ont pour objectif de faire la publicité pour des grandes entreprises. 

Zoom Eco : Que pouvons-nous apprendre de l’écosystème tech aux États-Unis qui peut inspirer le développement de celui de la RDC ?

Noel K. Tshiani : Je vis aux États-Unis depuis 23 ans et j’ai vu l’émergence de l’écosystème tech là dès le début. Je suis arrivé à Washington au moment où Internet venait de naître. À cette époque, nous utilisions une connexion par ligne téléphonique à la maison, et il n’y avait pas de téléphones mobiles avec Internet tel que nous l’utilisons aujourd’hui. 

L’écosystème tech américain repose sur une connexion Internet rapide à un prix abordable. Vous pouvez avoir les meilleures applications et les sites Internet les mieux développés, mais sans une connexion Internet fiable et rapide, les applications et les sites ne seront pas accessibles et utilisés comme prévus.

Aux États-Unis, les entrepreneurs déploient également beaucoup d’efforts pour développer les compétences dans leurs secteurs d’activité. Les espaces de travail en commun permettent également de réduire la charge que représente le fait de devoir payer des bureaux à un prix élevé lorsqu’on crée une start-up, et des exonérations fiscales existent dans de nombreux États pour encourager les gens à se lancer en entrepreneuriat.

Nous pouvons adapter ce qui fonctionne en Amérique aux réalités du Congo pour construire un écosystème tech qui est envié par d’autres pays africains.

Zoom Eco : Il y a plusieurs personnes qui ont l’expertise dans la Tech au sein de la diaspora, que faites-vous pour les amener à travailler au Congo pour contribuer au développement ?

Noel K. Tshiani : Le capital humain est la ressource la plus importante dont dispose un pays en matière de développement économique. La diaspora représente un réservoir de connaissances et de compétences acquises dans les pays les plus développés au monde. Il est à notre avantage d’impliquer la diaspora dans le développement du Congo. 

Le réseau a identifié des personnes dans la diaspora ayant une expertise dans la Tech. Et nous travaillons avec ces personnes pour les mettre en contact avec des entrepreneurs à Kinshasa afin de collaborer sur des projets. 

Zoom Eco : Que fait le Réseau prochainement pour continuer à construire l’écosystème Tech à Kinshasa ?

Noel K. Tshiani : Étant donné que l’écosystème tech est dans sa phase embryonnaire et que beaucoup de travail doit être fait pour le construire, nous devons aller étape par étape et mettre en place les fondations avec la substance, pas faire du bruit seulement. 

L’une des priorités est de travailler avec les organismes locaux qui veulent faire passer la loi qui favorise la création et la gestion des start-ups comme le Sénégal vient de le faire. Dans le même temps, il est tout aussi important d’investir dans le développement des compétences.

Les membres du réseau ont également décidé de développer des événements axés sur la Tech et qui apportent une réelle valeur ajoutée à la vie des entrepreneurs.

Zoom Eco : Vous avez participé à la Session Stratégique sur la Tech. Pourquoi la technologie est-elle un sujet important pour les start-ups en République démocratique du Congo ?

Sidonie Latere : Le monde des affaires a été complètement boosté par l’émergence et l’influence de la technologie. Les nouvelles technologies ont même changé beaucoup de choses dans notre mode de vie. Il en est de même pour la RDC et le reste du monde. 

Étant un pays en voie de développement, il est plus que nécessaire d’utiliser ou de développer une technologie qui nous permettrait de répondre très rapidement au besoin de nos populations congolaises.

La technologie est clairement un support qui permet une inclusion au développement et facilite la vie de beaucoup d’entrepreneurs congolais.

Zoom Eco : En tant qu’entrepreneure, quel rôle les femmes devraient-elles jouer dans le développement de solutions Tech qui répondent aux besoins de la population locale ?

Sidonie Latere : Les femmes sont des actrices importantes dans le développement de nos sociétés. Il est donc tout aussi important qu’elles prennent une part dans la Tech. 

Dans nos sociétés africaines, les femmes sont nombreuses à être exclues de la participation à la science et à la technologie. 

Cette situation est liée à leur environnement juridique, institutionnel, politique, culturel, traditionnel, mais aussi à la pauvreté. À Kinshasa, on a vu ces 3 dernières années des figures féminines qui se battent pour encourager la femme congolaise à prendre sa place dans le monde de la Tech car cette dernière a un impact constant sur notre vie quotidienne.

Les femmes peuvent donc être des actrices importantes au développement de solutions Tech adaptées à nos défis congolais !

Zoom Eco : Quels sont les défis auxquels les femmes entrepreneures sont confrontées en RDC et que peut-on faire pour que plus de femmes réussissent ? 

Sidonie Latere : Comme je l’ai dis précédemment, la femme congolaise fait face à un environnement qui l’exclut naturellement. Et souvent ce sont des stéréotypes. Mais je ne vais pas m’étendre sur cela car beaucoup d’entre-elles ont su, malgré beaucoup de freins, se créer un chemin pour réussir.

Il serait intéressant que les femmes continuent à s’organiser ensemble pour trouver des solutions et pousser en forçant le système à mettre en place un environnement pour favoriser et aider l’entrepreneuriat féminin.

Zoom Eco : Qu’est-ce que les secteurs public et privé peuvent-ils faire cette année pour encourager l’entrepreneuriat parmi les femmes à partir d’ici à Kinshasa ?

Sidonie Latere : Beaucoup d’initiatives sont lancées et beaucoup d’événements sont organisés. La seule chose que nous souhaitons c’est d’arrêter les campagnes de communication avec de grands slogans. Il faut passer à l’action mais avec une stratégie intelligente et réaliste. 

Le secteur public devrait collaborer avec le secteur privé et si par contre, ils pensent que ceux du secteur privé ne sont pas prêts, alors le gouvernement devrait mettre en place des dispositions pour accompagner le secteur privé à se développer.

Il est insensé qu’un gouvernement soutienne les entreprises étrangères à l’encontre des entreprises locales. Entre dire et faire, il y a souvent le fleuve Congo qui nous sépare.

Source :  Eric Tshikuma pour Zoom Eco.

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